La diaspora sud-asiatique comme palimpseste : mémoire, oubli et invention

Conférence
Université de Montréal : Carrefour des arts et des sciences, FAS, Pavillon Lionel-Groulx, 3150 rue Jean-Brillant; Salle C-2059
21 avril 2021
Mathieu Claveyrolas, CEIAS/EHESS-Paris
Cette conférence sera l’opportunité de mettre en perspective deux contextes diasporiques sud-asiatiques hindous : d’une part, l’île Maurice où la population descendant d’Indiens engagés au 19e siècle est majoritaire; d’autre part, les communautés indo-guyaniennes qui, engagées au Guyana au 19e, ont émigré à New York depuis la fin du 20e siècle.
Dans le cas mauricien, je détaillerai les différentes phases de l’évolution historique qui, en créolisant l’indianité et l’hindouisme, obligent à intégrer au cœur de l’analyse de ces communautés « diasporiques » des catégories et structures locales, notamment le système de plantation et ses fortes contraintes territoriales. L’ethnographie des lieux de culte hindous des villages mauriciens montrera combien le continuum créole local conteste l’idée d’une continuité culturelle entre l’Inde et Maurice.
Dans le cas newyorkais, je présenterai la complexification du palimpseste diasporique, avec ses strates indienne, guyanienne créole, et newyorkaise cosmopolite, qui s’accompagne d’un double mouvement réflexif de conscientisation et de prise de distance ou de sélection parmi les multiples référents identitaires. Parmi les 150.000 Guyaniens (majoritairement d’origine indienne) recensés à New York, je m’appuierai spécifiquement sur l’ethnographie des pratiques de la communauté hindoue « madrasi », forte d’une quarantaine de temples dans le borough de Queens, en montrant comment leur mobilisation identitaire s’inscrit dans les opportunités fournies par le contexte étatsunien et newyorkais.
La confrontation de ces deux contextes de diaspora sud-asiatique permettra de discuter de la pertinence et des limites des termes, catégories et logiques privilégiés par les études de diaspora.